Comme je vous l’ai dit, il était à peu près 20 Heures quand nous fîmes notre première prise. Mais ce n’était pas notre premier coup de fusil, au contraire. Je sais que Jean-Yves va m’en vouloir d’en parler, mais si cela peut aider des chasseurs…
Bref, la première vraie alerte survint peu avant 20 heures. Nous remontions l’Iracoubo, quand JYL héla Marius aux commandes : « là bas », fit-il en montrant une masse sombre sous un feuillage au dessus de l’eau. En effet, il semblait que plusieurs pairs d’yeux rouges nous fixaient.

 

Impressions de Guyane

2 Prise

Peur sur le Fleuve

Les lumières s’éteignirent, et nous mîmes les rames à l’eau. Tout à coup, à distance respectable, les lampes furent rallumées, et dans la précipitation, PAN, le coup qui part, des coassements, et la barque qui s’enfonce dans les branches.

« C’était pas un caïman »… non, c’était un crapaud, sûrement monstrueux pour que la taille des yeux trompent JYL. Désolé JYL, mais je l’ai raconté…

Mais JYL se rattrapa peu de temps après, après avoir repéré au milieu du fleuve une paire de yeux rouges brillants. Même scénario d’approche furtive. Dans le silence rompu par le clapotis des rames, et les bruits de la forêt, la barque alu s’approche…. Et PAN ! Marius qui manœuvre le 45 CV, Moïse qui se précipite sur la proie avec le harpon, et nous qui rallumons les torches. La chose sanglante se débat pour repousser l’inéluctable. Nous nous mettons hors de portée de sa queue et de ses griffes. Gisant dans la barque, nous la regardons prendre tout son temps pour rendre l’âme, tressaillant encore.

C’est là que je caresse sa cuirasse si épaisse, mais pourtant inutile.

 

Un peu plus tard dans la nuit, une autre paire d’yeux apparut à la surface de l’eau. Ce fût la deuxième victime de notre cavalcade nocturne.

Pareillement, nous scrutions aussi les rives du fleuve, nos lampes torches braquées dans les fourrées épais, afin de discerner un animal nocturne attisé par sa soif. Cela ne manqua pas d’arriver.

Nous tuâmes un pack, puis un second. Le second fut plus coriace. Marius l’aperçut et le mit en joue. Puis il fît feu d’instinct.

« Loupé » lança-t-il. En effet, l’animal s’enfuit dans les fourrés. Sans perdre une minute, Marius fît avancer la barque jusqu’à la berge. Il sauta dans la forêt, suivi de Moïse, JYL et Allan.

Le silence pesant de la forêt s’empara de moi, assis tout seul dans la barque, une branche à la main afin de maintenir la coque près du rivage malgré le courant. Il s’écoula bien… 2 minutes qui me parurent longue comme un moment de plaisir et d’angoisse. Tout à coup, des bruits dans les fourrés derrière moi : une bête qui arrivait en courant. J’ai cru à tout (jaguar, caïman, anaconda….). La créature se jeta dans l’eau, près de moi, ce qui m’aspergea pour le compte. Dans son sillage, mes 4 chasseurs qui rembarquent. Le moteur qui repart. Des bruits de clapotis dans le fleuve, une bête qui surnage d’une rive à l’autre dans le faisceau des torches.

Le pack remonte sur l’autre rive, et se perd de nouveau dans les fourrés. Marius se relance à sa suite, imperturbable, le visage du prédateur fait homme. Dans la nuit, 2 coups de feu, et il revient, chargé de sa proie. Un beau pack sanglant, sûrement un ultime résistant comme le prouvent les traces des blessures cicatrisées, faites par chevrotine sur sa cuisse droite. Son dernier combat livré, il nous révèle des batailles qu’il avait gagné par ailleurs, contre nos semblables. Une leçon qu’il n’avait pas assez bien apprise.

 

Une autre des frayeurs que je me suis faite arriva tard dans la nuit fût une fois que nous avions accosté dans une crique, afin de rapporter un bébé caïman mort. Tout le monde s’était dispersé, et je me retrouvais avec Allan, le reptile pendu à ma main, en pleine forêt, de nuit. Nous longions la crique, et la seule petite lampe que nous avions prise commençait à donner des signes de faiblesse. Je ne sais pas pourquoi, il nous a fallut un quart d’heure pour nous rendre compte du danger de la situation.

Loin de la barque, sans lumière, un animal mort à nos cotés, et peut-être un autre qui rodait (un prédateur, sa mère…).

Nous avons compris en même temps.

« On rentre ? », « OK, on rentre ».

 

La chasse sur le fleuve continua tout le restant de la nuit.

Moïse continuait à pécher à l’épervier, et remontait ses poissons argentés (je crois des «Yayas »), ainsi que d’autres surprises.

Nous eûmes droit à la pluie, la fatigue, l’égarement dans un ou deux méandres pour arriver de nouveau à notre dégrad de départ vers 5 heures du matin. Fourbus, nous avons recouvert nos prises, et sommes allés dormir dans la voiture , infestée de moustiques… Nous étions partis la vieille à 13 heures, et n’arriverions à Kourou qu’à midi !

 

Les Yayas de Moïse et un Piraye

Une dernière anecdote illustrant l’instinct de chasse des guyanais. Sur le chemin du retour, nous roulions entre Sinnamary et Kourou, quand sur le coté droit, dans la savane, Moïse aperçut un mouvement.

« Cochon Bois », cria-t-il. La bête alla se perdre dans les herbes hautes. Tous descendirent et se ruèrent armès de leur carabine vers la savane. Il y eu alors 2 coup de feu : un d’Allan je crois, et celui qui fût décisif : encore Marius. Il revint encore une fois avec une de ses prises favorites.

Bilan :
- 2 caïmans
- 2 packs
- 1 cochon-bois
- une glacière de « Yayas»

moralité : y a-t-il une moralité à tout cela, si ce n’est celle du plaisir du chasseur ? J’ai évidemment trouvé extraordinaire cette nuit de chasse : une expérience unique pour un métro moyen que je suis. Mais elle m’a rappelé comme des souvenirs enfouis dans mon tréfonds.

Quand aux guyanais, ils chassent depuis des centaines d’années : c’est une façon de vivre. Ils ne saccagent pas cet écosystème, puisqu’ils en font partie, c’est du moins ce qu’il me plaît de croire. Car en effet, je n’ai pas pu m’empêcher de me sentir coupable d’avoir trouvé du plaisir à cette partie de chasse, et d’avoir été le prétexte à cette dernière, bien que nous n’ayons abattus que des espèces autorisés.

Alors s’il vous plaît, montrons-nous tous raisonnable dans notre prélèvement des espèces guyanaises.

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